Expressions françaises d’autrefois

vendredi 9 juillet 2010
par  Vidame d’Olbreuse
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Extrait de l’Almanach du vidame d’Olbreuse

Le français, comme toutes les langues, s’appauvrit avec le temps. Nos ancêtres utilisaient de nombreuses expressions aujourd’hui disparues, ou qui survivent sous une forme tronquée. Dans cette liste régulièrement mise à jour, le vidame d’Olbreuse reproduit de savoureuses formules anciennes, dans l’espoir que quelques unes puissent être ressuscitées.

Dire à quelqu’un ses trois vérités : le critiquer avec tact.

Acheter la mèche : garder le secret.

Être à l’aise aux entournures : avoir les moyens. "Alban s’empara de l’addition, excipant d’une aise aux entournures que l’on ne lui connaissait pas." (Paul Bourget)

Vrai jeton : se dit d’une personne franche, à qui on peut se fier. "Goujet nourrissait tous les espoirs pour sa fabrique de boulons. Il avait trouvé un vrai jeton avec qui s’associer." (E. Zola)

Décoiffer la girafe : effectuer un travail particulièrement éreintant . (voir aussi, infra : « déplacer la bulle », « en foutre une rame », et « se la couler dure ».)

Rire à froides larmes : faire mine de trouver amusante une chose plutôt banale.

Etre à couteaux poussés : avoir avec quelqu’un des relations d’une grande cordialité. "Malgré la déporable affaire des rubis de la vicomtesse, Aramonte et Fiducastre étaient demeurés à couteaux poussés." (Alexandre Dumas)

Filer dur : se montrer récalcitrant, ruer dans les brancards

Épargner (ou soigner) la breloque : être en bon état physique pour son âge.

« Elle a insisté pour que je lui examine toutes les coutures... Le moindre interstice ! Fallait tâter le ganglion le plus intime !... Elle voulait absolument me montrer à quel point elle avait soigné sa breloque. » (L.F. Céline)

Avoir les dents du fond qui sèchent : être affamé ou assoiffé.

Partir de quelque part les pieds derrière : s’en échapper vivant.

« Après le fiasco d’Elbe, Albion fut bien moins cool
C’est sur un roc perdu qu’on foutit Bonaparte :
Sainte-Hélène (de là, point de risque qu’il parte
Les pieds derrière), et vite il succombe à l’alcool. »
(Legenda millenarium)

Humble-à-bras : individu cacochyme, timide et discret.

Avoir toujours un pet rectiligne : être toujours en pleine forme.

En déboucher un coin à quelqu’un : fam. lui expliquer ce qu’il sait déjà.

Faire main haute sur : résister à la tentation de s’emparer éhontément de biens trop facilement accessibles (NB : aucun lien avec la locution adverbiale bas la main, infra).

Devoir une humble chandelle à quelqu’un : recevoir un menu service.

En avoir petit sur la patate : être peu affecté par le mauvais sort ou l’adversité.

Déplacer la bulle : travailler beaucoup (voir aussi, infra, en foutre une rame, et se la couler dure.)

Il n’y a pas foule au balcon : se dit d’une femme peu plantureuse (mais pas en sa présence).

Sainte y touche : n.f. jeune fille délurée.

Être mou de la feuille : avoir l’ouïe particulièrement aiguë

Apprentis-queue : garçon de cuisine.

Laisser les coudées hypocrites à quelqu’un : le surveiller de près sans en avoir l’air, ne lui accorder qu’une faible marge de manœuvre en faisant mine de le laisser libre.

À pousse-larigot : loc. adv. en petite quantité, avec réticence. "Le service recouvrement avant pour chef adjoint un certain Desprès, dont le laconisme chagrin dispensait les compliments à pousse-larigot." (P. Guth)

Prendre ses jambes à son cul : vulg. s’enfuir à faible vitesse.

Au haut mot : loc. adv. tout au plus.

A la mauvaise franquette : loc. adv. avec une cérémonie désagréablement empruntée.

Arriver ventre en l’air : ne pas se presser. Syn : arriver sur les talons de roues.

De butte en noir : loc. adv. avec tact, en prenant les précautions rhétoriques nécessaires (on disait aussi jusqu’au XVIIe, de plaine en blanc.)

Être à quatre doigts de faire quelque chose : ne pas l’envisager sérieusement, être loin de le faire.

Petit escogriffe : personne de taille et de moralité réduites.
"Traversé le Niémen, le petit escogriffe
Étant maître des lieux de Minsk à Ténérife.
"
(Legenda millenarium)

Riche hère : individu fortuné

Joyeux sire : contraire de triste drille.

Se faire la moche : essayer sans succès de s’enfuir de prison.

En criant gare : loc. adv. cas d’une action dont la soudaineté est précédée d’un clair avertissement.

Jugement au rapporte-pièce : opinion formulée sans hâte, après mûre réflexion.

Bas la main : loc. adv. de justesse (en parlant des actes de gagner une compétition, relever un défi, réussir un examen, etc.)

Faire les deux cent coups : tenter piètrement de revivre, passé l’âge mûr, la folie de sa jeunesse. ’’M. de Mervilly, approchant la cinquantaine, jugea que sa superbe ne pouvait nullement s’accommoder de cette ennuyeuse situation domestique, et décida de faire les deux cent coups’’. (Stendhal).

Caresser sa coulpe : être dénué de regrets ou de remords.

Faire le dos carré : Prendre une attitude combative devant une situation désagréable.

En foutre une rame : Fam. consentir un effort.

Exorable : adj. évitable, extricable. Un déclin exorable : qui peut se redresser.

En mener étroit : contraire de en mener large ci-dessous. « Étroit » est ici un adverbe. L’expression signifie être mal à l’aise ou inquiet. « J’en menais étroit en tendant ton dossier d’inscription universitaire à la préposée, qui en agissait avec moi comme si elle parlait à F. Tuquedenne. » (R. Queneau).

Placable : peu solide, susceptible d’être pris en défaut. Une logique placable.

S’intéresser à quelque chose comme à l’an 50 : y accorder toute son attention. "Je ne comprenais rien à la péroraison du Sénateur Verholles, mais Guizot semblait s’y intéresser comme à l’an 50." (A. Thiers.)

Être sur des charbons froids : ne pas s’inquiéter, envisager l’avenir proche sans trépidation. "Ayant fait un brillant oral de philo, Félicien était sur des charbons froids à la veille des maths." (G. Duhamel.)

Attendre quelqu’un de pied flasque : ressentir une certaine appréhension à la perspective de l’arrivée d’une personne intimidante.

De courte haleine : loc. adj. se dit d’un projet destiné à être achevé rapidement.

Cette expression tire son origine du nom du dramaturge Georges Courteline, réputé torcher ses pièces en 15 jours. Un travail de Courteline était donc une tâche exécutée sans d’effort. Des plaisantins de la Troisième république transformèrent l’expression en « travail de courte haleine » (qui ne voulait rien dire, mais dont l’absurdité même était amusante). Par antonymie non moins humoristique, on se mit à parler de travail « de longue haleine », et c’est cette formulation qui est restée dans la langue courante jusqu’à aujourd’hui.

Continent : adv. plus tard. Ne pas confondre avec l’adjectif homonyme, qui signifie « en état de continence ». L’amphibologie a été exploitée par les écrivains jusqu’au début du XIXe siècle - témoin cet épigramme de Napoléon à une inconnue :

"Céans mon cœur, madame, est à d’autre conquête :
Mes soldats font l’assaut de tout un continent.
Je vous investirai sans doute continent ;
Pour l’instant j’ai le sabre au clair, pas la qu..."

(La chute non-terminée a donné lieu à des spéculations. A. Castelot suggère soit le mot « quipette », qui désigne un petit képi, soit une mauvaise orthographe de « coquette ».)

Portion incongrue (porter quelque chose à) : lit. gonfler exagérément, donner une ampleur indue à. "Vive la Ferme générale ! La charge que je viens d’acheter a porté mes revenus à portion incongrue." (A. Lavoisier).

Discuter à bâtons intacts : lit. avoir une conversation empruntée et peu naturelle ; pol. donner un entretien aux questions et réponses visiblement préétablies. "Le Shah m’avait accordé cette entrevue de bonne grâce mais sous réserve qu’il s’agît d’une conversation à bâtons intacts." (L. Zitrone)

La voiture neuve fait le larron : expression ancienne qui fournit un intéressant exemple de glissement sémantique ; elle signifie simplement que les objets de luxe excitent la convoitise des malfaisants. On la trouve déjà au XVIe siècle sous diverses formes :

"Ce bon marquis d’Esbrouf resclamais que l’on rosse
Le larron qu’avait faict son tout novel carrosse
." (Vauquelin de la Fresnaye, 1562)

Une chiffe dure : Fam. individu courageux, ou peu enclin à se laisser intimider (contr : mol à cuire). "Sous un dehors patelin, le bedeau Pluvinel était en fait une chiffe dure." (H. de Balzac)

Être dans son assiette : se sentir bien, n’éprouver aucune indisposition. « L’ambassadeur, affichant sa mine des mauvais jours, piquait nerveusement dans son assiette, alors que madame paraissait tout à fait dans la sienne. » (J. Giraudoux).

Y voir plus que du feu : déjouer une tentative de duperie ; ne pas se laisser abuser : « Sophie pensait cacher à sa mère le vol des grelots du palefrenier, mais ce fut sans peine que Mme de Réan y vit plus que du feu. » (Comtesse de Ségur)

Manquer d’air : a) être réservé, embarrassé, ou inhibé (voir aussi avoir froid aux yeux, infra) ;
b) être en danger de suffocation du fait d’une faible disponibilité d’oxygène.

Avoir froid aux yeux : être plutôt réservé ou légèrement inhibé ; manquer de témérité.

Manger de ce pain-là : accepter d’agir immoralement, se laisser facilement soudoyer. « Je glissai à tout hasard un bifton au condé, qui heureusement bouffait de ce pain-là. » (F. Dard)

Se desserrer la ceinture : faire bombance après une période de manque. "Passé la Pâque, parfois, le temps sur la garrigue se faisait si clément que le père disait : vé, peuchère, on pourrait bien un peu se desserrer la ceinture." (M. Pagnol)

Avec ambage : lit. discrètement, avec tact ou délicatesse. Le substantif « ambage » peut s’utiliser seul.

"Je m’étais habillé trop précipitamment
Son regard désigna de mon être le bas. Je
Réparai la béance et sut gré de l’ambage."

(E. Rostand)

Se la couler dure : pop. avoir une existence particulièrement difficile, n’avoir pas un moment de loisir.

Se retirer (ou enlever) le doigt de l’oeil : fam. se désabuser. "Il escomptait qu’un dîner chez Chartier vînt à bout des réticences de Chloé, mais s’était enlevé le doigt de l’œil dès les œufs mayonnaise." (M. Aymé)

Déterrer sa vie de célibataire : célébrer son divorce par une cérémonie discrète.

Ne faire flèche que d’un bois : faire preuve de manque d’adaptabilité ; avoir l’esprit peu entreprenant.
"Quand un rien semble ainsi vous pousser aux abois
Vous paraissez qui ne fait flèche que d’un bois
.
(Corneille)

Prendre quelqu’un à la tête de la lettre : donner à ses propos un sens figuratif, métaphorique ou humoristique, ne pas les prendre au sérieux. "Quand le Chevalier de Valvert, qui me devait une de ses cornes, menaça de m’occire, je pris le rodomont en teste de la lettre, lui ris à la goule et gardai l’espée au fourreau." C. de Bergerac, 1648.

Sans perte ni fracas : loc. adv. discrètement, sans éclat (voir aussi : de main morte, infra).

Avoir les yeux plus petits que le ventre : sous-estimer son appétit. "Le prétendu rapide parisien se métamorphosa en omnibus, et je regrettai d’avoir eu les yeux plus petits que le ventre au buffet de la gare du Hâvre." (G. de Maupassant.)

Faire avec bonne fortune mauvais cœur : n’être jamais content de son sort

S’appeler reste : se dit d’un objet dont le locuteur souligne le caractère gracieusement offert. « Zut ! J’ai oublié de te ramener le Manifeste de 48 ! - T’en fais pas camarade, repartit Aymard, il s’appelle reste. » (L. Aragon).

Au petit dam de : loc prép., lit. sans faire grand tort, ou causer de chagrin excessif, à

Faire choux noir : aboutir dans sa recherche ou son projet. « Assoiffé, Fabrice se mit en quête d’un estaminet, et bien que ce fût un dimanche il fit choux noir au Faubourg Saint-Denis. » (Stendhal)

Avoir un poil de sec : pop. ne pas être sujet à la peur. « L’aut’ me pointait son pétard vers le bide, mais moi j’avais un poil de sec. » (M. Audiard)

À brides rehaussées : équit. à faible allure.

Péter plus bas que son cul : vulg. faire preuve de modestie excessive, manquer d’ambition dans ses entreprises.

Prêter main faible à quelqu’un : tenter de lui venir en aide, sans être d’un grand secours.

Éloigner sa fraise : fam. garder son opinion pour soi

Être tiré à deux ou trois épingles : indique différents degré d’inélégance

Etre sapé comme le deux de carreau : être habillé de façon particulièrement élégante

Donner du fil à détordre : être plutôt coulant.

Payer de mine : avoir une apparence trompeusement attirante.

Empiler les grands plats sur les petits : Chercher à mettre à l’aise ses invités en évitant un excès de faste dans la préparation et la présentation des mets.

Y aller avec le creux de la cuiller : accomplir une tâche sans précaution ni ménagement (Expression qui survit aujourd’hui par son double négatif, qui a donc le même sens)

A la disette du pot : avec componction et cérémonie

Faible de café : non crédible par surcroît de modestie, excessivement discret

Gagner quelque chose de basse lutte : L’emporter facilement

Filer un bon coton : se tenir à carreau

Pauvre comme Crésus : équivalent de riche comme Job

Taper à bras rallongés : équivalent de y aller de main morte ; ne pas y aller de main vive ; Ne pas y aller demain

Avoir maille à joindre avec : trouver aisément un terrain d’entente ; on dit aussi : en recoudre.

Être sur son 62 : indique l’élégance pour les personnes frappées d’obésité

Défaire son lit là où on se lève : ne pas se soucier des conséquences de ses actions

Avec tambours et trompettes : loc. adv. à grand bruit

Sans armes ni bagages : loc. adv. Sans s’encombrer d’équipements lourds

Rabaisser le berlingot à : contraire de tenir la dragée haute"

En mener large : agir avec assurance, fierté

Sans perte ni fracas : loc. adv. sans éclat

En grande pompe : contraire de dans ses petits souliers

Prendre son courage à une main : s’engager avec appréhension

Faire de deux pierres un coup : gaspiller des munitions

Par le grand bout de la lorgnette : loc. adv. en considérant les choses dans leur ensemble

En férant coup : loc. adv. en ayant à combattre

Faire bande commune (ou publique) : se rattacher à une bande

Battre son vide : (d’une conversation ou d’un événement) parvenir à un temps mort, stagner

Battre le fer quand il est froid : s’y prendre trop tard, contraire d’attraper le coche

Battre chaud : montrer des attentions assidues envers

Battre la ville : parcourir la cité à la recherche de quelqu’un ou de quelque chose

Porter laid : manquer de prestance ; on dit aussi porter bas



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