Qu’est-ce que la philosophie ? Notes de cours

, par  Joseph Vidal-Rosset , popularité : 28%

Cet article est le plan de l’UE 104-a de l’année 2010-2011, résumé ici (pour les horaires voir cette page ) et il ne doit en aucune façon être considéré comme un article à part entière. Sa publication sur ce site n’a pas d’autre fonction ni d’autre prétention que d’être un support pour le cours et donc d’aider aussi les étudiants qui le suivent.

Généralités négatives

- La philosophie s’exprime généralement à travers des oeuvres écrites mais celles-ci n’ont pas une forme prédéfinie.
- La philosophie n’a pas un objet d’étude privilégié.
- La philosophie n’a pas un ordre de développement qui pourrait être défini comme l’ordre nécessaire de toute oeuvre philosophique.
- La notion de progrès en philosophie est une notion qui elle-même pose question : il reste à définir le sens que peut avoir le mot de progrès en philosophie avant de s’interroger sur l’existence d’un progrès en philosophie.

Soyons positifs

- Si la philosophie écrite n’a pas une forme littéraire prédéfinie, elle s’exprime et se développe plus facilement sous la forme de l’essai que sous la forme du poème, de la pièce de théâtre ou encore du roman. La philosophie aspire à la démonstration, si bien que l’on est moins surpris de voir un système philosophique se développer sous forme de traité géométrique [1] plutôt que sous la forme d’un long poème [2] .

- Si la philosophie n’a pas un objet d’étude privilégié, l’étude de ce qu’est l’objet en général lui appartient. Est-ce là "l’étude de l’être", ou "l’étude de l’être en tant qu’être", ou encore "l’ontologie" [3] ? Ou bien l’étude de l’objet en général se distingue-t-elle de l’étude de l’être ? Sur une telle question, difficile et obscure, les analyses philosophiques divergent.

- Si la philosophie n’a pas un ordre de développement privilégié, certaines questions philosophiques apparaissent plus fondamentales que d’autres [4].
On reconnaît celles-ci au fait que ces questions sont abordées dans la plupart des systèmes philosophiques avant d’autres questions, et que d’autres questions, pourtant qualifiées de philosophiques, ne sont en revanche parfois jamais abordées par ces mêmes systèmes. La question de la nature de la connaissance en général est par exemple une de ces questions fondamentales.

- Si la notion de progrès en philosophie fait l’objet d’un questionnement, ce dernier ne conduit pas nécessairement à un abandon de l’idée de progrès en philosophie. Si l’on accepte de lier philosophie et connaissance, l’idée de progrès en philosophie doit faire sens, et devrait donc pouvoir être définie clairement [5].

Définition de la philosophie

- La définition que l’on donne habituellement de la philosophie s’appuie sur la conception de la philosophie telle qu’elle s’est développée dans l’Antiquité grecque, où φιλοσοφία signifie tout d’abord "amour de la sagesse, mais où "sagesse" (sophia) commence par désigner la science seule : comme le note Revel [5]

Au début du IVe siècle, Platon définira encore la sophia, que le philosophe doit "aimer" (philo-sophia), comme "ce que l’on appelle enquête (historia sur la nature" (Phédon, 96a).

On peut encore citer comme le fait l’auteur de l’article de Wikipedia sur le terme de "philosophie" cette question de Platon dans La République qui est en fait une affirmation :

"Désir de connaître et amour du savoir, ou philosophie, c’est bien une même chose ?" (Platon, La République, II, 376b).

Ce n’est que plus tard que l’on confondra "amour du savoir" et "amour de la sagesse", ce terme de "sagesse" ayant évidemment une connotation éthique qui est effectivement aussi une des dimensions de la philosophie.

- Définir la philosophie à partir de son histoire nous contraint à définir une date de naissance de celle-ci, un lieu de naissance ainsi qu’une civilisation où la philosophie s’est développée. Car le sens accordé au mot de "philosophie" n’est pas exactement le même si l’on est attentif à l’acception de ce terme dans la civilisation asiatique (où l’on dissocie plus difficilement philosophie et religion) ou africaine .

- On fait donc ici le choix de définir la philosophie dans le contexte de ce que l’on nomme "la philosophie occidentale" et l’on adopte le récit qu’en donne Russell dans [6] quant aux origines de celle-ci :

En histoire, rien n’est aussi surprenant ni aussi difficile que de rendre compte du développement soudain de la civilisation grecque. Bien des choses qui constituent cette civilisation existaient déjà depuis des centaines d’années en Egypte et en Mésopotamie, et s’étaient propagées dans les pays voisins. Mais certains éléments manquaient avant que les Grecs ne les apportent. Ce qu’ils accomplirent en art et en littérature est bien connu de tous, mais ce qu’ils firent dans le domaine purement intellectuel est encore plus exceptionnel. Ils inventèrent la mathématique, la science et la philosophie. Il furent les premiers à écrire l’histoire et non de simples annales. Ils spéculèrent librement au sujet de la nature du monde et sur les fins de cette vie, sans être enfermés dans une quelconque orthodoxie. Ce qui se produisit fut si étonnant que, jusqu’à une date très récente, on se contentait de parler béatement et de manière mystique du génie grec. Il est cependant possible de comprendre de manière scientifique le développement de la Grèce, et il vaut la peine de le faire.

L’histoire de la philosophie grecque reconnaît que le plus ancien philosophe grec "consacré comme tel par la tradition" est Thalès , celui-là auquel on attribue la démonstration du célèbre théorème de géométrie qui porte son nom. Ce qui caractérise la première école philosophique grecque, l’Ecole de Milet, c’est son absence presque totale de religiosité. Comme le souligne Russell, puis Revel, les théories développées pour expliquer les phénomènes naturels sont profanes, c’est-à-dire totalement étrangères à la pensée religieuse. Plus exactement la philosophie, dès sa naissance et alors qu’elle se confond dans l’esprit des hommes avec la science de la nature, ne se fonde pas sur les mythes ou les représentations religieuses pour expliquer le monde.

- La philosophie, dès sa naissance, ne se confond pas avec la religion. Son rapport avec la religion est un rapport critique. Elle est par exemple critique de certaines représentations religieuses, notamment l’anthropomorphisme dénoncé probablement pour la première fois par Xénophane :

" Si les bœufs et les lions avaient des mains et pouvaient peindre comme le font les hommes, ils donneraient aux dieux qu’ils dessineraient des corps tout pareils aux leurs, les chevaux les mettant sous la figure de chevaux, les bœufs sous la figure de bœufs. "

- Enfin la philosophie n’a pas non plus été confondue longtemps avec la science, mais elle s’est rarement dans son histoire éloignée du modèle de la rationalité scientifique, c’est-à-dire de l’exigence de la justification de la croyance, sur la base d’arguments et de preuves.

- Dans l’histoire de la philosophie on constate une oscillation entre deux pôles : d’une part pour certains penseurs, qui considèrent la théologie comme supérieure à la philosophie, s’efforcent de réaliser une synthèse entre philosophie et théologie (voir par exemple Thomas d’Aquin et d’autres qui considèrent la science comme supérieure à la philosophie, considèrent au mieux la philosophie comme une étape ou comme un élément de l’édifice des sciences. Enfin et surtout, dans cette dernière perspective, la philosophie n’a de valeur que si et seulement si elle adopte une démarche scientifique. Telle est la marque de ce que l’on appelle "le positivisme" dont on retrouve aussi certains traits dans l’empirisme logique.

- Il est enfin possible d’accorder à la philosophie une spécificité propre. A l’instar de ce qu’affirme Wittgenstein dans [7]


- 4.111 - La philosophie n’est pas une science de la nature. (Le mot "philosophie" doit signifier quelque chose qui est au-dessus ou au-dessous des science de la nature, mais pas à côté de celles-ci.)
- 4.112 - Le but de la philosophie est la clarification logique des pensées.
La philosophie n’est pas une théorie, mais une activité.
Une oeuvre philosophique se compose essentiellement d’éclaircissements.
Le résultat de la philosophie n’est pas de produire des "propositions philosophiques", mais de rendre claires les propositions.
La philosophie doit rendre claire, et nettement délimitées, les propositions qui autrement sont, pour ainsi dire, troubles et confuses.

L’ontologie, tâche première de la philosophie ? Mais avec quels moyens ?

- Sans doute faut-il distinguer l’activité philosophique dont parle Wittgenstein, dont on peut parler au singulier et que l’on peut décrire comme le fait Wittgenstein dans [7], et les théories philosophiques, dont on ne peut parler qu’au pluriel, car il n’y a pas une mais des théories, ou des systèmes philosophiques.

- Les questions philosophiques ont une portée générale ou universelle (ce qui peut expliquer le rapprochement occasionnel entre l’interrogation philosophique et l’interrogation religieuse) et suscitent une enquête rationnelle et l’usage de méthodes de raisonnement que l’on retrouve en science. Quine écrit à ce sujet, p. 377-378 de [8] :


Ce qui différencie le souci ontologique du philosophe, c’est seulement l’envergure des catégories. Etant donné des objets physiques en général, le représentant de la science naturelle est celui qui décide au sujets des opossums et des licornes. Etant donné des classes, ou quelque autre domaine plus large d’objets dont traite le mathématicien, c’est au mathématicien de dire en particulier s’il y a des nombres premiers pairs., ou des nombres cubiques qui sont la somme de deux nombres cubiques . D’autre part, l’examen de l’acceptation non critique [9] de ce royaume d’objets physiques lui-même, ou de classes, etc., est dévolu à l’ontologie. Ici la tâche est de rendre explicite ce qui a été laissé tacite, et de rendre précis ce qui a été laissé vague ; la tâche d’exposer et de résoudre les paradoxes, de raboter les aspérités, de faire disparaître les vestiges des périodes transitoires de croissance, de nettoyer les bidonvilles ontologiques.

Mais si l’interrogation ontologique du philosophe, précise Quine, est plus générale que les interrogations spécifiquement scientifiques, le philosophe en revanche ne "jouit pas d’un point d’observation privilégié situé à l’extérieur du schème conceptuel qu’il prend à sa charge". Ce qui signifie que la philosophie n’échappe ni aux constats du sens commun, ni aux arguments ou aux preuves scientifiques :


[Le philosophe] peut examiner et améliorer le système de l’intérieur, en faisant appel à la cohérence et à la simplicité ; mais c’est la méthode du théoricien en général.

- Quine a raison de décrire l’enquête philosophique comme une enquête plus général et toujours moins spécialisée que l’enquête scientifique proprement dite, et l’histoire de la philosophie lui donne également raison lorsqu’il affirme que la tâche de la philosophie est de revenir sur ce qui est accepté de façon non critique. En revanche il passe à tort sous silence le fait que l’interrogation philosophique ne porte pas uniquement sur l’ontologie, tout comme il laisse dans le flou la question de savoir si l’on parvient à trancher définitivement des questions philosophiques, et sinon pourquoi. Il conclut en effet [8] sur ces mots :


Sans doute, on ne doit attendre aucune expérimentation qui puisse trancher un débat ontologique ; mais c’’est seulement parce que ces questions sont connectées avec les irritations de surface par des voies très multiples, à travers tout un réseau d’hypothèses théoriques servant d’’intermédiaires.

Les questions fondamentales de la philosophie

- La question fondamentale qui se pose au philosophe comme à l’homme de science est, pour Quine, "Qu’est-ce qui existe ?" [10]

  • Il est cependant incontestable que Quine appauvrit le champ de l’enquête philosophique puisque la question de l’ontologie ne résume pas à elle seule les quatre questions qui, pour Kant [11] , sont les questions fondamentales de la philosophies :
    • Que puis-je savoir ?
    • Que dois-je faire ?
    • Que m’est-il permis d’espérer ?
    • Qu’est-ce que l’homme ?
  • Le mérite de Kant ici est de montrer que la philosophie ne limite pas son champ d’investigation à la seule réflexion sur la connaissance, même si cette réflexion est effectivement fondamentale puisqu’elle permet de déterminer
    • la source du savoir humain
    • l’étendue de l’usage possible et utile de tout savoir, et enfin
    • les limites de la raison.
  • Les réponses à ces dernières questions permettent au moins en partie de répondre aux questions précédentes et pas uniquement à la première de celles-là. Cependant on perçoit intuitivement que l’on ne peut pas s’attendre à trouver dans l’histoire de la pensée des réponses qui soient toutes compatibles entre elles. En précisant certaines de ces questions, on parvient à formuler d’autres questions qui sont à l’origine de conflits philosophiques bien connus [12] :
    • Nos idées viennent-elles entièrement de l’expérience ? (Doit-on adopter l’empirisme ? )
    • Est-ce le coeur ou la raison qui indique le Bien et le Mal ? (Quelle est l’origine de la morale ou de l’éthique ? )
    • Avons-nous la certitude de l’éternité ou l’espoir de l’avenir ? (La mort, un non-sens, un accident, un accomplissement dans le temps ?)
    • Le regarde de l’homme sur l’homme peut-il être scientifique ? (Quelle scientificité pour les sciences humaines ?)

- C’est l’importance de la place accordée à la connaissance dans l’activité philosophique, mais aussi le caractère inévitablement polémique de celle-ci qui explique l’analyse que développe Kant [11] à ce sujet :


[...] sans connaissances on ne deviendra jamais philosophe, mais jamais non plus les connaissances ne suffiront à faire un philosophe, si ne vient s’y ajouter une harmonisation convenable de tous les savoirs et de toutes les habiletés jointes à l’intelligence de leur accord avec les buts les plus élevés de la raison humaine. D’une façon générale, nul ne peut se nommer philosophe s’il ne peut philosopher. Mais on n’apprend à philosopher que par l’exercice et par l’usage qu’on fait soi-même de sa propre raison. Comment la philosophie se pourrait-elle, même à proprement parler, apprendre ? En philosophie, chaque penseur bâtit son oeuvre pour ainsi dire sur les ruines d’une autre ; mais jamais aucune n’est parvenue à devenir inébranlable en toutes ses parties. De là vient qu’on ne peut apprendre à fond la philosophie, puisqu’elle n’existe pas encore. Mais à supposer même qu’il en existât une effectivement, nul de ceux qui l’apprendraient, ne pourrait se dire philosophe, car la connaissance qu’il en aurait demeurerait subjectivement historique.

Il reste évidemment à comprendre la nature comme la raisons des conflits philosophiques. Ce sera l’objet de la section suivante.

La philosophie est par essence polémique

- On remarquera qu’il existe une différence importante entre la question "Qu’est-ce qui existe ?" et "Que puis-je savoir ?" . La question kantienne qui porte sur les conditions de possibilité de la connaissance en général : "Que puis-je savoir ?" ne peut se réduire à la première question qui fait directement référence à l’ensemble des choses existantes mais passe sous silence la question de notre capacité à connaître cet ensemble. Cette différence fondamentale entre ces deux questions permet d’établir une distinction entre deux types ou deux genres de philosophies de la connaissance. Celle de Kant appartient à une catégorie de systèmes philosophiques que l’on appelle "philosophie du sujet", puisqu’il s’agit d’examiner le rôle du sujet pensant dans la constitution de la connaissance. Ce type de philosophie se distingue de toutes les philosophies qui décrivent directement l’univers des choses existantes et que Vuillemin appelle "systèmes dogmatiques", pour les distinguer des "systèmes de l’examen" (intuitionnisme et scpeticisme, que j’ai ici appelés "philosophie du sujet").

Le terme "dogmatique" a une connotation péjorative qui s’accorde mal avec la neutralité d’une classification, mais qui exprime cependant une compréhension synthétique des conflits philosophiques : un philosophe est dogmatique aux yeux d’un autre dès lors qu’il juge comme incontestables un plus grand nombre de thèses fondamentales. Par exemple, un platonicien qui admet l’existence d’Idées ou de vérités transcendantes apparaît comme dogmatique aux yeux de tous les philosophes qui n’adhèrent pas au platonisme et, à la limite, tous ceux qui acceptent l’existence même de vérités sont des dogmatiques aux yeux des sceptiques.

Pour éviter cette connotation péjorative, il serait souhaitable de disposer d’une autre terminologie qui fasse référence à la même position philosophique. Cette terminologie existe. La classe des "systèmes dogmatiques" coïncide avec celle de tous les systèmes qui admettent d’une façon ou d’une autre, le "réalisme sémantique"..
Ce qu’est une position réaliste à l’égard du langage et de la vérité est exprimé par ces quelques lignes de Russell dans [13] :


La conception que l’on peut appeler le réalisme au sujet de la vérité, est celle qui affirme qu’il y a des "faits", et qu’il y a des énoncés en rapport avec ces faits d’une manière telle qui rend ces énoncés vrais ou faux, d’une façon totalement indépendante de la question de décider de l’alternative.

Russell fait référence au principe de Bivalence, selon lequel n'importe quel énoncé {p} est vrai ou faux; donc la disjonction que l'on appelle le {principe du [tiers exclu -> http://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_du_tiers_exclu ] }:

 p \lor \neg p

est vrai ou fausse, même si l'on ignore si c'est l'assertion de {p} ou au contraire sa négation (\neg p) qui est vraie.

Aucun philosophe "dogmatique" au sens de Vuillemin ne rejette (ni explicitement ni implicitement) la validité universelle de ce principe de la logique classique. En revanche une philosophie qui affirme que le concept même de vérité d’un énoncé p n’a pas de sens indépendamment de la preuve de p sera conduite au moins implicitement à rejeter le principe du tiers exclu. Il est remarquable qu’un conflit philosophique ait pu être clairement identifié au coeur même de la logique : l’école intuitionniste ne rejette pas la vérité de toutes les disjonctions de la forme  p \lor \neg p mais elle rejette la validité universelle du tiers exclu, c’est-à-dire la thèse selon laquelle une telle disjonction est vraie dans tous les domaines et quel que soit l’énoncé p. Pour un intuitionniste une disjonction de la forme  p \lor \neg p est vraie si et seulement si on peut montrer qu’il existe une méthode de décision qui permette de prouver la vérité d’un des deux termes de la disjonction. La logique intuitionniste étant un sous-système de la logique classique, il est intuitivement compréhensible que certains énoncés universels soient rejetés par les intuitionnistes comme non valides, alors qu’ils sont généralement acceptés par ceux qui acceptent toutes les lois de la logique classique : les mêmes formules qui sont prouvées comme valides du point de vue classique ont aussi des contre-modèles (des contre-exemples) qui les rendent invalides du point de vue intuitionniste. [14]

  • S’il existe au moins une opposition philosophique profonde au coeur même de la logique élémentaire [15], alors il faut s’attendre à ce que les oppositions philosophiques soient indissociables de la connaissance rationnelle et apparaissent dans toutes les activités de l’esprit. Evidemment toutes les oppositions philosophiques ne se réduisent pas à l’opposition réalisme sémantique/anti-réalisme sémantique (ou encore logique classique/logique intuitionniste). Donnons ici les principales oppositions philosophiques dans le domaine de la philosophie de la connaissance :
    • L’aristotélisme (conceptualisme) s’oppose au platonisme (réalisme des Idées) sur la question de la transcendance des vérités ou des réalités intelligibles.
    • Le nominalisme s’oppose aussi bien au conceptualisme qu’au réalisme des idées sur la question de la réalité des Idées ou des Universaux qui, du point de vue nominaliste ne sont que des mots.
    • L’intuitionnisme s’oppose au réalisme des idées, au conceptualisme et au nominalisme, en affirmant la thèse selon laquelle la vérité est dépendante de la justification que l’on peut en apporter (anti-réalisme sémantique).
    • Le septicisme s’oppose à tous les systèmes philosophiques précédemment mentionnés en contestant la thèse selon laquelle on pourrait atteindre la vérité.
  • Un tel tableau engendre évidemment à son tour plusieurs autres questions (qui feront l’objet des sections suivantes) :
    • Existe-t-il d’autres oppositions philosophiques tout aussi fondamentales mais qui ne sont pas mentionnées dans la liste qui précède ?
    • Est-il possible de caractériser de façon univoque la nature d’un problème philosophique ?
    • Un problème philosophique peut-il avoir une solution certaine ?

Qu’est-ce qu’un problème philosophique ?

- Il n’y a aucune raison a priori qui permette d’affirmer que les problèmes philosophiques fondamentaux sont intégralement contenus dans les questions précédemment évoquées. (Les oppositions fondamentales évoquées dans la section précédente relèvent de la philosophie de la connaissance et de la classification des systèmes philosophiques construite par Vuillemin dans [16] et dans [17].)

- Il y a certainement des problèmes philosophiques fondamentaux qui relèvent spécifiquement de la morale, du droit, de la politique, ou de l’art. Ils peuvent évidemment avoir des liens conceptuels - évidents ou lointains - avec telle ou telle position en philosophie de la connaissance, mais cela signifie qu’ils peuvent aussi être conçus indépendamment des problématiques de la philosophie de la connaissance.

- A l’instar de l’opposition philosophique qui existe en logique mathématique entre logique classique et logique intuitionniste, on définira une position philosophique comme une décision rationnelle au sujet de la signification d’une discipline ainsi que sur ses méthodes , pour trancher une ou des polémiques fondamentales qui existent dans la discipline en question .

  • On pose ici à titre d’exercice la question de savoir quels sont les polémiques fondamentales (et donc philosophiques) en
    • Mathématiques ?
    • Physique ?
    • Biologie ?
    • Sociologie ?
    • Psychologie ?
    • Sciences de l’éducation ?
    • Sciences du langage ?
    • Philosophie ?

Un problème philosophique peut-il avoir une solution certaine ?

Si l’on réfléchit à ce que signifie l’expression "solution certaine", il semble qu’il n’y ait pas d’argument à opposer à l’idée selon laquelle une solution certaine à un problème philosophique ne diffère en rien d’une solution certaine à un problème scientifique. Cependant il existe plusieurs approches philosophiques concernant l’histoire de la philosophie, ainsi que l’histoire des rapports de la philosophie avec les sciences. On peut tenter de les énumérer.

- L’histoire de la pensée philosophique est une Dialectique.

- L’histoire de la philosophie est l’histoire des "monuments philosophiques".

- Les systèmes philosophiques sont des axiomatiques générales indépendantes des théories scientifiques spécialisées.

- Les solutions philosophiques ne diffèrent pas des solutions apportées progressivement par les sciences elles-mêmes.

- Il y a des problèmes philosophiques indépendants de l’interrogation scientifiques et où la recherche d’une solution certaine pose elle-même un problème philosophique.

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